Actualités
/
La pêche espagnole s’effondre, le Maroc en profite : « Les règles ne sont pas les mêmes »
Tazaghine ReaderSource: www.bladi.net12 sept., 20:01

La pêche espagnole s’effondre, le Maroc en profite : « Les règles ne sont pas les mêmes »

La pêche espagnole s’effondre, le Maroc en profite : « Les règles ne sont pas les mêmes »

- 15h00 - Espagne - Ecrit par : Betty de G.

La flotte de pêche espagnole a fondu de plus de 60 % depuis 1986. Dans le même temps, les achats de poisson marocain ont bondi de près de 50 % depuis 2018, alimentant la colère des professionnels espagnols, qui dénoncent des contraintes différentes des deux côtés de la Méditerranée.

L’Espagne comptait environ 22 000 bateaux de pêche lors de son entrée dans la Communauté économique européenne, en 1986. Quarante ans plus tard, sa flotte n’en aligne plus que 8 430. Ce recul s’accompagne d’une dépendance croissante aux produits de la mer importés, notamment du Maroc.

Selon les données douanières citées par The Objective, les importations espagnoles de poisson en provenance du royaume sont passées de 91,7 millions de kilos en 2018 à 137,2 millions en 2025. La hausse atteint ainsi près de 50 % en sept ans.

Cette progression profite au secteur halieutique marocain, mais inquiète les pêcheurs espagnols, confrontés à la réduction du nombre de jours en mer, à la hausse des coûts d’exploitation et à l’accumulation des normes européennes. En Méditerranée, certains chalutiers espagnols ne peuvent désormais travailler qu’environ 130 jours par an.

La situation est particulièrement préoccupante dans la Communauté valencienne, qui compte encore 201 chalutiers. Le gouvernement régional estime que cette activité représente 85 millions d’euros par an et fait vivre, directement ou indirectement, environ 4 000 personnes.

Sur Bladi.net : Grogne et inquiétude des pêcheurs espagnols après la fin de l’accord UE-Maroc

Dans la seule province d’Alicante, qui concentre 47 % de la flotte valencienne, le nombre de navires a diminué de 36,6 % entre 2006 et 2022, rapporte El Español.

Des pêcheurs espagnols dénoncent une concurrence inégale

« Les règles du jeu ne sont pas les mêmes pour tous les pays qui partagent cette mer », dénonce José Antonio Díez, secrétaire de la confrérie des pêcheurs de Santa Pola. Selon lui, les flottes nord-africaines, principalement marocaines, auraient progressé de 300 % ces dernières années.

Les professionnels espagnols accusent également certains navires opérant en Méditerranée d’utiliser des engins interdits, notamment de grands filets dérivants susceptibles de capturer indistinctement plusieurs espèces.

Un rapport de l’Environmental Justice Foundation a documenté la présence, en avril 2024, de navires marocains qui auraient pêché illégalement dans la zone économique exclusive espagnole. Les pêcheurs d’Alicante s’appuient sur ce cas pour réclamer davantage de contrôles et l’application de conditions comparables aux produits importés.

Le Maroc n’échappe pas pour autant à toute réglementation internationale. Membre depuis 1956 de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée, il doit respecter ses recommandations contraignantes concernant notamment les tailles minimales, certaines périodes de fermeture et les engins prohibés. En revanche, les restrictions européennes sur le nombre de jours de pêche ne s’appliquent pas à ses navires.

Sur Bladi.net : L’Espagne interdit l’entrée du poisson marocain

La comparaison est également compliquée par la fin du protocole de pêche entre le Maroc et l’Union européenne, arrivé à expiration en juillet 2023. Depuis, les navires européens ne disposent plus des licences qui leur permettaient de pêcher dans les eaux marocaines. Le contentieux relatif à l’inclusion des eaux du Sahara a empêché son renouvellement.

Sur le marché espagnol, les produits marocains continuent en revanche de gagner du terrain. Les seules importations de mollusques en provenance du Maroc auraient représenté 622 millions d’euros en 2025. Une dynamique déjà ancienne, l’Espagne constituant depuis plusieurs années l’un des principaux débouchés européens des produits de la mer marocains.

Le déclin de la flotte espagnole ne peut donc pas être attribué au seul Maroc : il résulte de plusieurs décennies de restructuration, de limitations européennes et de hausse des coûts. Mais la progression rapide des importations marocaines, au moment où les pêcheurs espagnols voient leur activité se réduire, renforce le sentiment d’une concurrence déséquilibrée sur les deux rives de la Méditerranée.

Article original publié sur www.bladi.net. Tazaghine Reader présente le texte récupéré côté serveur en lecture seule — toute édition, mise à jour ou correction future apparaîtra sur le site source.

Voir l'article complet à la source